Frappée par un arrêté de suspension signé le 13 mai 2026 par la ministre du Portefeuille, la directrice générale de la Congolaise des Voies maritimes (CVM), Jeanne-Blandine Kawanda Walwom, a introduit un recours en annulation devant le Conseil d’État. Cette action contentieuse met en lumière des griefs de surfacturation ainsi que des irrégularités procédurales majeures.
L’arrêté ministériel portant suspension de la directrice générale invoquait l’ouverture d’une « procédure disciplinaire » visant à « déterminer d’éventuelles responsabilités ». Pourtant, l’autorité de tutelle a pris cette mesure conservatoire sans respecter le principe du contradictoire, privant ainsi l’intéressée de la possibilité de présenter ses moyens de défense. Une violation flagrante des dispositions impératives du droit du travail en vigueur en République démocratique du Congo.
Par ailleurs, alors que le délai légal de la suspension conservatoire est largement dépassé et qu’un rapport d’audit de l’Inspection générale des finances (IGF) a formellement déchargé Madame Kawanda Walwom de toute responsabilité en matière de mauvaise gestion, sa réhabilitation administrative reste bloquée par la tutelle. Une situation qui interroge sur un éventuel détournement de pouvoir.
Le litige technique et financier : l’acquisition avortée du matériel de dragage
Les pièces versées au dossier révèlent que le différend trouve sa source dans le refus de la directrice générale de valider des opérations financières contraires aux intérêts patrimoniaux de l’entreprise publique.
· Projet initial (2023) : À son arrivée en fonction en juin 2023, la DG s’est vu soumettre un projet d’acquisition d’une drague de fabrication chinoise, d’un montant de 100 millions de dollars américains. Saisie pour contre-expertise, la direction technique de la CVM, appuyée par les experts du ministère des Transports et Voies de communication (tutelle technique), a émis un avis défavorable motivé : l’engin ne présentait pas les spécificités géométriques et altimétriques requises pour le bief maritime du fleuve Congo, à Moanda. Le projet a donc été réglementairement abandonné.
· Tentative de surfacturation (projet néerlandais) : À la suite d’un nouvel appel d’offres, un constructeur néerlandais a transmis une facture pro forma chiffrée à 38 millions de dollars pour un équipement adapté. Selon les éléments du dossier, le conseil d’administration aurait exercé des pressions caractérisées pour contraindre la direction générale à majorer artificiellement cette facture, dans le but de permettre le reversement d’une rétrocommission occulte. Le refus catégorique de la DG d’avaliser cette forfaiture financière a déclenché des mesures de rétorsion administratives.
Allégations d’ingérence et risque de subornation devant le Conseil d’État
Sur le plan pénal et éthique, les arguments avancés au sein du conseil d’administration pour justifier ces pratiques – invoquant abusivement les orientations politiques du Chef de l’État sur la promotion économique des nationaux pour légitimer un enrichissement sans cause – se heurtent directement aux textes régissant le statut des mandataires publics.
Enfin, l’instruction du dossier devant la haute juridiction administrative s’ouvre dans un climat d’alerte financière. Des sources internes documentées font état du décaissement récent, par l’équipe dirigeante intérimaire actuelle de la CVM, d’une importante provision de fonds libellée sous le motif de « frais d’instance au Conseil d’État ».
Or, s’agissant d’un contentieux de droit public opposant un agent à sa tutelle, l’affectation de fonds de l’entreprise à de telles fins interroge la régularité des écritures comptables et fait peser une présomption de tentative d’ingérence sur l’impartialité de la décision juridictionnelle à venir.
La Rédaction
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