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RDC : le BCNUDH documente près de 3 000 violations des droits humains au premier semestre 2026

Droit humains

 

Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme (BCNUDH) a recensé 2 996 violations et atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo entre janvier et juin 2026, affectant 6 189 victimes. Si ce bilan marque un recul de 10 % par rapport au second semestre 2025, il demeure en hausse de 8 % sur un an, une évolution que l'agence onusienne refuse d'interpréter comme une amélioration.

Publié ce mardi, le communiqué du BCNUDH dresse un tableau contrasté de la situation des droits humains en RDC. Les 2 996 violations documentées au premier semestre 2026 ont fait 6 189 victimes, un chiffre en baisse de 10 % par rapport aux six derniers mois de 2025, mais en augmentation de 8 % par rapport à la même période de l'année précédente.

Le Bureau conjoint se garde toutefois de lire cette diminution séquentielle comme un signe d'apaisement. Il évoque « des limites dans la documentation et le rapportage des incidents », un avertissement récurrent dans ses rapports mensuels. En avril 2026, le BCNUDH avait déjà souligné que « cette baisse apparente appelle une interprétation prudente, notamment au regard des contraintes de documentation et d'accès ».

Les provinces touchées par les conflits armés, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, concentrent l'écrasante majorité des violations recensées : 2 607 violations affectant 5 032 victimes, soit environ 87 % du total. Cette répartition confirme une tendance structurelle documentée de longue date par les Nations Unies. Dans son rapport annuel couvrant la période de juin 2025 à mai 2026, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme relevait déjà que « 85 % de ces violations et atteintes ont été commises en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu par des membres de groupes armés ».

La crise sécuritaire dans l'Est reste alimentée par la poursuite des combats et l'expansion territoriale de l'AFC/M23, soutenue par la Force de défense rwandaise. « L'offensive en cours lancée par l'Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), avec le soutien de la Force de défense rwandaise, a aggravé la crise. Les hostilités menées dans des zones densément peuplées ont fait des victimes civiles et entraîné des déplacements de population à grande échelle », souligne le rapport du Haut-Commissaire.

Uvira et la plaine de la Ruzizi : un retrait sans protection

Le cas d'Uvira illustre particulièrement l'écart entre les annonces et la réalité du terrain. Après s'être retirée de la ville en janvier 2026, l'AFC/M23 a officiellement placé Uvira « sous la responsabilité pleine et entière de la Communauté internationale », appelant la MONUSCO à assurer la protection des civils. Mais ce retrait s'est accompagné de violences. Selon des informations concordantes, « plusieurs cas d'assassinats, de pillages et de vol de bétail ont été signalés » lors du retrait de l'AFC/M23 d'Uvira, notamment dans la plaine de la Ruzizi.

Le gouvernement congolais a dénoncé un « simulacre de retrait », affirmant avoir observé « le renforcement en hommes et en équipements de la coalition M23, AFC, RDF dans les hauts et moyens plateaux d'Uvira et de Mwenga ». Les combats se sont poursuivis dans les territoires de Kalehe, Fizi, Uvira et Mwenga, « accentuant la crise humanitaire » et entraînant « des déplacements forcés, une exposition accrue des civils aux hostilités et une multiplication des violations ».


Violences sexuelles et espace civique sous pression


Les violences sexuelles liées au conflit demeurent une préoccupation majeure. En mai 2026, le BCNUDH a documenté 40 cas affectant 59 victimes, dont 33 femmes, 25 filles et un homme. Le Nord-Kivu concentre 73 % de ces victimes. Fait notable, les acteurs étatiques — principalement les FARDC — ont été les principaux responsables de violences sexuelles ce mois-là, impliqués dans 46 % des cas, devant le M23 (14 victimes).

Hors zones de conflit, l'espace civique continue de se rétrécir. Le rapport annuel du Haut-Commissaire note « le rétrécissement de l'espace civique, les détentions arbitraires visant des acteurs politiques, des journalistes, des défenseurs et défenseuses des droits humains et des membres de la société civile, ainsi que la persistance de l'impunité ». En juin 2026, le BCNUDH a recensé 17 violations de l'espace civique à Kinshasa, au Nord et au Sud-Kivu, contre 6 en mai. La dispersion d'un rassemblement de l'opposition à Kinshasa le 12 juin a fait un mort et 38 blessés.


Une documentation en deçà de la réalité


Le BCNUDH rappelle systématiquement que ses chiffres ne reflètent qu'une partie de la réalité. « Les informations contenues dans le présent rapport ne reflètent pas toutes les violations et atteintes commises dans le pays au cours de la période considérée, mais seulement celles qui ont été vérifiées par le Bureau conjoint », précise le rapport annuel. La crise de liquidités affectant le Secrétariat des Nations Unies a en outre « contraint la capacité du Bureau conjoint à mettre en œuvre son mandat ».

Les restrictions d'accès dans les zones de conflit, la peur des représailles qui dissuade les victimes de signaler les abus, et l'instabilité sécuritaire qui complique le travail des enquêteurs concourent à sous-estimer l'ampleur des violations. Le BCNUDH a maintenu ses activités en « priorisant le renforcement des mécanismes communautaires et des réseaux de défenseurs des droits humains » pour la collecte et le signalement des violations.

Le rapport du Haut-Commissaire formule des recommandations au Gouvernement congolais et à ses partenaires internationaux, notamment en matière de lutte contre l'impunité. Au mois de juin 2026, 12 poursuites ont été engagées contre 11 militaires des FARDC et un Wazalendo. Cinq personnes ont été condamnées à mort, et 102 victimes et témoins ont bénéficié d'une protection judiciaire.

Pour le BCNUDH, l'urgence reste de « renforcer la protection des civils, l'accès aux soins et l'assistance aux victimes dans l'Est du pays », alors que la persistance des conflits, l'expansion de l'AFC/M23 et la résurgence d'autres groupes armés — ADF, LRA, Wazalendo — continuent de faire peser une menace directe sur les populations civiles.

La Rédaction

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