À Kinshasa, un nouveau phénomène de consommation de médicaments détournés de leur usage médical commence à susciter des inquiétudes. Dans plusieurs milieux fréquentés par les jeunes, le terme « Mpuku amemi congélateur », qui signifie littéralement « le rat qui porte un congélateur », est utilisé pour désigner un mélange artisanal présenté comme une nouvelle forme de drogue.
Selon les informations recueillies, ce produit serait composé de plusieurs médicaments, notamment du diazépam, de la prométhazine, de la cyproheptadine et du tramadol. Ces substances ont des usages médicaux précis, mais leur consommation en dehors de tout cadre médical peut présenter des risques importants pour la santé.
Des jeunes rechercheraient un effet de « déconnexion »
Le phénomène inquiète particulièrement en raison de la manière dont certains jeunes consomment ce mélange. Des témoignages recueillis dans certains quartiers de Kinshasa décrivent des consommateurs qui, après avoir pris le produit, deviennent très somnolents, restent immobiles pendant de longues périodes et semblent perdre une partie de leurs capacités physiques.
Certains apparaissent alors affaiblis, peu réactifs et incapables de mener normalement leurs activités. Ces manifestations sont particulièrement préoccupantes lorsqu’elles surviennent après la prise simultanée de plusieurs médicaments agissant sur le système nerveux.
Le tramadol, notamment, est un antalgique opioïde qui peut provoquer une somnolence et une diminution de la vigilance. Le diazépam appartient, lui, à la famille des benzodiazépines et peut également entraîner une forte sédation. L’association de substances sédatives ou d’autres médicaments agissant sur le système nerveux peut accroître les risques d’effets indésirables graves.
Un phénomène difficile à mesurer
À ce stade, l’ampleur exacte de la consommation de « Mpuku amemi congélateur » à Kinshasa reste difficile à établir. Le phénomène se développe notamment dans des cercles informels, et les produits consommés peuvent varier d’un groupe à l’autre.
Au-delà du nom donné à cette préparation, des professionnels de santé alertent régulièrement sur le danger lié au détournement de médicaments à des fins récréatives. Une substance vendue légalement en pharmacie n’est pas pour autant sans danger lorsqu’elle est consommée sans indication médicale, encore moins lorsqu’elle est associée à d’autres médicaments.
Une alerte pour les familles et les autorités
Pour plusieurs observateurs, cette nouvelle tendance pose à la fois un problème de santé publique et un défi de prévention auprès des jeunes. Elle met également en lumière la nécessité de mieux contrôler la circulation de certains médicaments et de renforcer l’information sur leurs effets et leurs dangers.
Dans les quartiers où le phénomène est signalé, les familles sont appelées à rester attentives aux changements brusques de comportement, aux épisodes inhabituels de somnolence ou à la disparition répétée de médicaments au domicile.
« Mpuku amemi congélateur » n’est donc pas un simple phénomène de mode. Derrière cette appellation populaire se cache une pratique de consommation de médicaments dont les conséquences sanitaires peuvent être sérieuses. Une meilleure documentation du phénomène et une réponse coordonnée des autorités sanitaires, des professionnels de santé, des familles et des structures d’encadrement des jeunes apparaissent nécessaires.
RTD