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Dialogue national en RDC : les conditions de James Swan qui compliquent la feuille de route de Tshisekedi

James swan

 

Tout dialogue suppose un cadre clair : qui en assure l’arbitrage, qui y prend part, et sur quels sujets porteront les discussions. À New York, le chef de la MONUSCO et représentant du Secrétaire général de l’ONU vient de fixer ces balises pour Kinshasa : des médiateurs neutres et acceptés de tous, et un ordre du jour qui ne se limite pas au conflit dans l’Est du pays.

La déclaration est brève, prononcée devant le Conseil de sécurité, mais à Kinshasa, elle n’est passée inaperçue pour personne. Mardi, James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général et patron de la MONUSCO, présentait son rapport trimestriel sur la République démocratique du Congo, à trois mois de l’échéance du mandat de la Mission, prévue en décembre 2026.

Le diplomate américain, de retour d’une tournée au Burundi, en Ouganda et au Rwanda pour préparer son bilan sur le cessez-le-feu dans l’Est, a décidé de placer la question politique au cœur de son propos. Il a ainsi répondu directement à l’annonce, faite en août par Félix Tshisekedi, du lancement d’un dialogue national. « Il existe un large consensus sur la nécessité d’un dialogue national », a-t-il relevé, saluant l’initiative présidentielle. Jusque-là, rien que de très favorable. Mais la suite vient contrarier les plans du pouvoir. Pour que ce dialogue ait une réelle utilité, a insisté Swan, il doit être « inclusif, garantir une large participation, être mené par des facilitateurs jouissant de la confiance de toutes les parties prenantes et permettre d’aborder en profondeur les priorités nationales les plus urgentes ».

Dans le langage onusien, la formule pèse lourd. Autrement dit : pas question de ces assises conçues, pilotées et conclues par la seule Présidence. Depuis août, l’opposition, une frange de la société civile ainsi que les Églises catholique (CENCO) et protestante (ECC) — qui avaient proposé leur propre pacte social pour la paix — craignent un dialogue verrouillé. Un dialogue axé sur l’unité nationale face à la guerre et au soutien du Rwanda à l’AFC/M23, sans toucher aux dossiers qui fâchent selon eux : gouvernance, réformes institutionnelles, révision constitutionnelle et espace civique. En réclamant des facilitateurs acceptés par tous, l’ONU fait sienne leur principale exigence. Sans arbitre neutre, pas de participation. Et sans opposition, pas de crédibilité. L’histoire du pays le démontre : de Sun City en 2002 à la Cité de l’Union africaine en 2016, chaque dialogue n’a tenu que lorsque la facilitation était jugée équilibrée.

James Swan a ajouté une seconde condition, tout aussi politique. Il a « exhorté les autorités et l’ensemble des Congolais à préserver l’espace civique, à garantir les libertés fondamentales et à faire preuve de retenue et de tolérance politique ». Le message n’a rien d’une simple formule de style. Lors de son briefing précédent, en juin, il avait déjà plaidé pour la garantie de la liberté d’expression et de réunion « dans un climat pacifique et sécurisé », au moment où le siège de la CENCO venait d’être visé par des sympathisants du pouvoir à Kinshasa.

Le sous-entendu est limpide : on ne peut pas convier les forces vives au dialogue le matin et laisser se réduire, l’après-midi, l’espace où ce dialogue doit se tenir. Enfin, en mentionnant les « divergences politiques persistantes sur la gouvernance » et la nécessité de traiter « les priorités nationales les plus urgentes », Swan élargit délibérément l’ordre du jour. Il ne s’agit pas seulement de faire bloc derrière l’armée, comme le souhaite le gouvernement, mais aussi de s’attaquer aux causes internes de la crise, notamment la réforme du secteur de la sécurité.

C’est pour la MONUSCO, dont le volet militaire se réduit et qui se recentre sur l’appui au mécanisme de vérification du cessez-le-feu — dossier qu’elle vient d’évoquer à Kinshasa avec le ministre de la Défense Guy Kabombo — une manière de justifier son utilité politique. Demeure la question la plus délicate : qui pourrait incarner ce facilitateur capable de rassurer tout le monde ? Ni l’ONU seule, dont une partie de l’opinion se méfie, ni l’Union africaine seule. La formule qui circule à Kinshasa évoque un collège mixte, associant les Églises et deux ou trois personnalités africaines respectées. À défaut de consensus sur l’arbitre, les assises annoncées risquent fort de rester lettre morte.

La Rédaction

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