Reporters sans frontières (RSF) a vivement critiqué la décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) de la République démocratique du Congo, qui menace de sanctions les médias diffusant les propos du Front pour la refondation de la nation (FRN). L'organisation de défense de la presse qualifie cette mesure de « restriction disproportionnée » et met en garde contre des termes « dangereusement vagues ».
Cette décision, adoptée en assemblée plénière le 15 octobre et signée le 19 octobre à Kinshasa, marque un durcissement du régulateur congolais face à la rébellion active dans l'est du pays. Le texte enjoint explicitement aux médias audiovisuels, journalistes, chroniqueurs, invités, créateurs de contenus et influenceurs de s'abstenir de tout entretien, intervention en direct ou diffusion de communiqués émanant des dirigeants et membres du FRN, ainsi que des structures armées qui lui sont liées.
Le CSAC proscrit également toute forme de « légitimation » ou de « banalisation » des activités de la rébellion et interdit de donner la parole aux représentants de partis politiques interdits. Les contrevenants s'exposent aux sanctions prévues par la loi. Cette initiative s'inscrit dans un contexte sécuritaire tendu, où les autorités congolaises cherchent à limiter la propagande des groupes armés opérant dans l'est du pays.
RSF a réagi en soulignant le risque que ces mesures font peser sur le travail des journalistes. L'organisation estime que les termes employés par le CSAC, notamment l'interdiction de « légitimer » ou de « banaliser » les activités du FRN, sont trop flous et pourraient être interprétés de manière arbitraire pour entraver la couverture du conflit. RSF appelle donc le régulateur à garantir le droit des journalistes d'informer sur la situation dans l'est de la RDC, une région où les enjeux humanitaires et sécuritaires sont majeurs.
Le président du CSAC, Christian Bosembe, a défendu cette décision en affirmant que « la liberté de la presse ne saurait être confondue avec la liberté de nuire » et en appelant à la « responsabilité patriotique » des patrons de médias. Le régulateur a également annoncé son intention de retirer les fréquences des médias appartenant directement ou indirectement à des personnes affiliées à des groupes qualifiés de terroristes.
Cette décision intervient alors que le paysage politique et sécuritaire congolais reste extrêmement volatile. Le FRN, coalition politico-militaire, a été officiellement lancé pour contester le pouvoir en place, et le CSAC cherche à limiter sa capacité à s'exprimer via les médias nationaux et internationaux.
La Rédaction