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Loi sur le référendum en RDC : à Rome, l’Église catholique et la C64 se mobilisent pour la défense de la Constitution

Sessanga

 

L’adoption de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum ravive les tensions politiques en République démocratique du Congo. Alors que l’opposition redoute une éventuelle remise en cause des dispositions constitutionnelles relatives à la limitation des mandats présidentiels, l’Église catholique renforce son implication dans les démarches de rapprochement entre les acteurs politiques. La rencontre prévue à Rome entre les responsables de la C64 et des représentants de l’entourage du pape intervient ainsi dans un contexte où la défense de la Constitution et la recherche de la paix occupent une place centrale.

Le 23 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté la loi référendaire après son réexamen à la demande du président Félix Tshisekedi et la prise en compte des réserves formulées par la Cour constitutionnelle. Le vote s’est déroulé dans un climat de contestation, les députés de l’opposition ayant quitté l’hémicycle.

Au cœur de la controverse figure l’élargissement des matières susceptibles d’être soumises au référendum. Le texte envisage notamment la possibilité de modifier des dispositions constitutionnelles, y compris celles qui échappent aux pouvoirs constitués, ou d’adopter une nouvelle Constitution.

Cette perspective alimente les inquiétudes de l’opposition, qui redoute qu’une nouvelle architecture constitutionnelle puisse servir à remettre en cause la limitation des mandats présidentiels et favoriser le maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà des limites actuelles. Si la seule adoption de cette loi n’établit aucune décision officielle de prolongation de son mandat, les interrogations sur les intentions du pouvoir nourrissent déjà la méfiance et la confrontation politiques.

C’est dans ce climat que le rôle de l’Église catholique prend une dimension particulière. En affirmant sa volonté d’accompagner la population dans la défense de la Constitution, elle se positionne au centre d’un débat qui touche directement à l’avenir des institutions congolaises.

L’Église catholique et la C64 : une dynamique de rapprochement

La rencontre prévue à Rome entre les acteurs de la C64 et des représentants de l’entourage du pape constitue un rendez-vous important dans cette séquence politique. La participation du cardinal Fridolin Ambongo, appelé à prendre la parole à l’ouverture des travaux, souligne l’implication de l’Église catholique dans les efforts visant à rapprocher les différentes sensibilités politiques congolaises.

Cette démarche intervient alors que le débat sur la loi sur le référendum renforce les inquiétudes concernant l’avenir constitutionnel du pays. Pour les acteurs qui défendent le respect de la Constitution, l’enjeu consiste notamment à préserver les garanties institutionnelles et à éviter que les divergences politiques ne compromettent davantage la stabilité nationale.

L’implication de l’Église ne se limite pas à la question constitutionnelle. Elle s’est également manifestée dans ses démarches auprès de la C64, notamment face aux divergences suscitées par la position de Joseph Kabila. L’institution religieuse aurait appelé les responsables de cette plateforme à éviter une prise de position précipitée et demandé à Martin Fayulu de ne pas se désolidariser du regroupement.

Ces interventions traduisent une volonté de préserver les liens entre les différentes composantes de la C64, malgré leurs divergences. Le rapprochement recherché apparaît d’autant plus important que la controverse constitutionnelle pourrait accentuer les tensions entre le pouvoir et ses opposants.

À Rome, les échanges doivent ainsi permettre aux acteurs concernés de confronter leurs points de vue et d’examiner les possibilités de convergence autour des enjeux politiques et sécuritaires du pays. La présence du cardinal Ambongo à l’ouverture des travaux donne à cette rencontre une portée particulière, compte tenu de l’engagement de l’Église catholique en faveur du dialogue, de la paix et du respect des principes constitutionnels.

La défense de la Constitution au cœur du bras de fer politique

La loi référendaire constitue désormais un point de cristallisation des tensions entre le pouvoir et l’opposition. Pour cette dernière, l’élargissement des possibilités de recours au référendum soulève la question des limites à ne pas franchir dans la modification de l’ordre constitutionnel.

Les inquiétudes portent principalement sur le risque qu’une nouvelle Constitution serve à modifier les règles relatives à la succession présidentielle. Le camp présidentiel se trouve ainsi confronté à des interrogations sur les objectifs poursuivis par cette initiative, tandis que ses opposants entendent défendre les dispositions qu’ils considèrent comme des garanties contre une prolongation du pouvoir.

Dans ce contexte, la position de l’Église catholique pourrait peser sur le débat national. Sa volonté affichée de défendre la Constitution, conjuguée à ses efforts pour rapprocher les acteurs du C64, la place dans une position d’interlocutrice importante au moment où les tensions politiques se renforcent.

La question est de savoir si cette dynamique permettra aux différentes sensibilités de dégager une position commune sur les principes constitutionnels et les conditions d’un dialogue politique. Pour le C64, la difficulté consiste à maintenir sa cohésion malgré les divergences internes, tout en donnant une orientation claire à son action.

L’insécurité dans l’Est, une autre source de tension

À la controverse constitutionnelle s’ajoute la persistance de l’insécurité dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les activités de l’AFC/M23 et la présence de groupes armés continuent de peser sur les perspectives de paix et sur les relations entre Kinshasa et les acteurs politiques opposés au pouvoir.

La place de Joseph Kabila dans cette équation alimente également les tensions. Son implication dans une dynamique politique opposée aux autorités de Kinshasa suscite des inquiétudes, notamment au regard des convergences évoquées entre différentes composantes de cette mouvance.

Les relations précises entre ces acteurs doivent toutefois être appréciées sur la base d’éléments vérifiables. Les rapprochements politiques et les éventuelles alliances opérationnelles ne sauraient être tenus pour acquis sans preuves.

La coexistence de la crise sécuritaire et des tensions autour de la Constitution place néanmoins le pays face à plusieurs défis simultanés. Les autorités doivent répondre aux exigences de sécurité et de souveraineté, tandis que les acteurs politiques restent divisés sur les voies à suivre pour sortir de la crise.

Dans ce contexte, les initiatives de dialogue prennent une importance particulière. La rencontre de Rome offre une occasion de maintenir des échanges entre les acteurs concernés et de rechercher des convergences susceptibles de contribuer à la paix et à la stabilité institutionnelle.

Rome, un rendez-vous pour rapprocher les positions

Au-delà de sa dimension religieuse et diplomatique, la rencontre de Rome intervient donc à un moment décisif du débat politique congolais. Entre la controverse autour de la loi référendaire, les divergences au sein de l’opposition et la persistance de l’insécurité dans l’Est, les possibilités de rapprochement entre les acteurs politiques constituent un enjeu majeur.

L’implication de l’Église catholique, à travers le cardinal Fridolin Ambongo et ses démarches auprès du C64, traduit sa volonté de contribuer à la recherche de solutions dans un climat de méfiance. En favorisant les échanges, elle peut aider les différentes sensibilités à identifier les points sur lesquels une position commune est possible, notamment en matière de respect de la Constitution et de recherche de la paix.

L’évolution de la controverse référendaire dépendra toutefois des décisions des institutions et des orientations que les acteurs politiques choisiront de défendre. Le rapprochement engagé à Rome pourrait contribuer à structurer le dialogue autour des garanties constitutionnelles, tout en offrant un espace d’échange dans un contexte sécuritaire toujours préoccupant.

Pour la RDC, l’enjeu dépasse ainsi la seule adoption d’une loi. Il concerne la préservation de l’équilibre institutionnel, la capacité des forces politiques à dialoguer et la recherche d’une paix durable. La rencontre de Rome s’inscrit dans cette perspective, alors que le débat sur l’avenir constitutionnel du pays continue de mobiliser les acteurs politiques et religieux.

Yves Buya

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