Politique

RDC : Ferdinand Kambere rejoint Kabila à Goma, le déplacement qui soulève des questions après son interdiction de sortie du territoire

Mardi 3 novembre 2026 5 min de lecture
Ff

 

La présence de Ferdinand Kambere à Goma, dans l’entourage de Joseph Kabila, intervient dans un contexte particulièrement sensible et soulève une question qui dépasse sa seule réaction à l’arrivée du chef de la MONUSCO dans la capitale du Nord-Kivu.

« Bienvenue au Chef de la MONUSCO, dans la Province du Nord-Kivu, Province de relance du combat pour la fin de la tyrannie, Province pour l'espoir de paix et de la sauvegarde du régime constitutionnel démocratique conformément à l'article 64 de la Constitution ! », a déclaré le cadre du PPRD dans une réaction publiée alors que James Swan est à Goma pour des échanges avec Joseph Kabila et les responsables du Front pour la refondation de la nation (FRN).

Mais la présence de Ferdinand Kambere dans cette ville contrôlée par le camp de Joseph Kabila pose une question précise : comment a-t-il quitté Kinshasa pour rejoindre Goma ?

Une interdiction de sortie prononcée en mars 2025

La question n'est pas anodine. Le 10 mars 2025, la Direction générale de migration avait adressé une instruction aux services frontaliers concernant Ferdinand Kambere, Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku. Les trois cadres du PPRD avaient été frappés d'une mesure d'interdiction de sortie du territoire national après leur audition par l'Auditorat militaire supérieur.

Le message de la DGM demandait notamment, en cas de découverte de l'une de ces personnalités à une frontière, de procéder à son interpellation et de solliciter les instructions de la hiérarchie.

Cette mesure avait donc pour conséquence de soumettre les déplacements internationaux de Ferdinand Kambere à un contrôle particulier.

Plus d'un an après cette décision, le voici pourtant à Goma, aux côtés de Joseph Kabila, dans une séquence politique devenue majeure avec la création du FRN.

Par quel itinéraire Ferdinand Kambere est-il arrivé à Goma ?
C'est précisément à ce niveau que subsiste une zone d'ombre.

Quand Ferdinand Kambere a-t-il quitté Kinshasa ? Par quel moyen de transport ? A-t-il pris un vol commercial ? Est-il passé par une autre ville avant de rejoindre Goma ? A-t-il bénéficié d'une autorisation particulière des autorités ? Ou l'interdiction de sortie prononcée en mars 2025 avait-elle entre-temps été levée ?

À ce stade, aucun document public consulté ne permet de répondre avec certitude à ces différentes questions.
Il convient donc de distinguer deux éléments : l'existence documentée de l'interdiction de sortie prononcée en mars 2025 et la situation juridique exacte de Ferdinand Kambere au moment de son déplacement vers Goma.

Autrement dit, il ne serait pas rigoureux d'affirmer que Kambere a violé cette interdiction sans savoir si elle était toujours en vigueur au moment de son départ. Mais son arrivée à Goma rend légitime une autre interrogation : si la mesure était toujours active, quelle autorité a autorisé ou facilité son déplacement ?

De Kinshasa à Goma, un déplacement politiquement lourd de sens

La question prend une dimension supplémentaire au regard de l'évolution de la position de Joseph Kabila. En avril 2025, Ferdinand Kambere avait déjà commenté le retour de Joseph Kabila à Goma, affirmant que l'ancien président était libre de rentrer dans son pays et que l'essentiel était qu'il y soit revenu.

Depuis, le contexte a profondément changé. Joseph Kabila a annoncé à Goma la création du Front pour la refondation de la nation, présenté comme une nouvelle structure politico-militaire succédant à l'AFC.

La présence de Kambere dans cette même ville, aux côtés de l'ancien président, prend donc une portée politique particulière.

Le secrétaire permanent adjoint du PPRD ne se trouve plus simplement dans une ville de l'Est de la RDC : il apparaît dans un espace politique devenu le centre des activités de Joseph Kabila et de ses alliés.

Une présence au moment où la MONUSCO reprend langue avec Kabila

Cette présence intervient précisément au moment où la MONUSCO établit de nouveaux contacts directs avec le camp de Joseph Kabila.

James Swan, chef de la mission onusienne, séjourne à Goma et a rencontré Joseph Kabila dans le cadre de consultations portant notamment sur la protection des civils, l'accès humanitaire et le suivi du cessez-le-feu. Kabila était accompagné notamment de Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa.

C'est dans ce contexte que Ferdinand Kambere souhaite la bienvenue au responsable de la MONUSCO en présentant le Nord-Kivu comme une « province pour l'espoir de paix » et de « sauvegarde du régime constitutionnel démocratique ».

Son invocation de l'article 64 de la Constitution n'est pas non plus anodine. Cette disposition prévoit notamment le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou l'exerce en violation de la Constitution.

Kambere à Goma : simple déplacement ou nouveau tournant politique ?

La question du trajet emprunté par Ferdinand Kambere ne relève donc pas seulement de la curiosité. Elle permet de comprendre comment un responsable politique qui figurait en mars 2025 sur une liste de personnalités interdites de sortie du territoire peut aujourd'hui apparaître publiquement à Goma, dans une zone devenue le principal centre politique du camp de Joseph Kabila.

Une réponse officielle de la DGM permettrait de lever le doute : l'interdiction de sortie visant Ferdinand Kambere est-elle toujours en vigueur ? Si elle ne l'est plus, quand a-t-elle été levée et par quelle autorité ? Et si elle l'était encore, dans quelles conditions son déplacement vers Goma a-t-il été possible ? Autant de questions qui restent, pour l'heure, sans réponse publique.

En attendant, Ferdinand Kambere assume désormais publiquement sa présence à Goma et son discours en faveur de ce qu'il présente comme un combat pour la fin de la « tyrannie », la paix et la sauvegarde de l'ordre constitutionnel.
Son déplacement depuis Kinshasa vers cette partie du pays pourrait ainsi constituer l'un des prochains sujets d'interrogation autour du camp de Joseph Kabila.


RTD