La réaction au discours de Joseph Kabila continue de susciter des prises de position au sein de la classe politique congolaise. Emery Okundji Ndjovu, secrétaire général de la FONUS et cofondateur de la C64, estime que les préoccupations soulevées par l’ancien président méritent un examen sérieux, sans pour autant lui accorder un soutien inconditionnel.
Dans une interview accordée à notre rédaction, cet opposant au régime de Félix Tshisekedi appelle à dépasser les querelles de personnes et les réflexes partisans pour privilégier les intérêts de la République démocratique du Congo.
Pour Emery Okundji, la question essentielle n’est pas de déterminer quel dirigeant, ancien ou actuel, détient le monopole du patriotisme, mais d’évaluer les résultats obtenus par chacun dans l’exercice de ses responsabilités.
Il estime que la gouvernance de Félix Tshisekedi doit notamment être appréciée à l’aune des résultats enregistrés en matière de sécurité, d’amélioration des conditions de vie, de création d’emplois, de lutte contre la corruption et de respect des institutions.
Selon lui, l’exercice du pouvoir ne peut se limiter aux annonces et aux promesses politiques. Il doit être soumis à une obligation de résultats et au respect de la Constitution.
Abordant la situation sécuritaire dans l’Est du pays, Emery Okundji considère que la persistance des violences, les déplacements de populations et les menaces contre l’intégrité territoriale constituent des défis majeurs pour l’État congolais. Il plaide pour une stratégie cohérente associant la défense nationale, la diplomatie, la justice et la coopération régionale afin de parvenir à une paix durable.
Sur le plan économique, le secrétaire général de la FONUS déplore le contraste entre les immenses richesses naturelles de la RDC et la précarité dans laquelle vivent de nombreux Congolais. Il appelle à davantage de transparence dans les contrats miniers, à une meilleure traçabilité des recettes publiques et à la transformation locale des matières premières pour favoriser la création d’emplois et une redistribution équitable des richesses.
Toutefois, Emery Okundji insiste sur le fait que cette exigence de redevabilité doit concerner tous les dirigeants, sans distinction de famille politique.
À ses yeux, Joseph Kabila, qui a dirigé le pays pendant plusieurs années, doit également accepter que son bilan soit examiné avec la même rigueur que celui de son successeur, notamment en matière de gouvernance, de sécurité, de démocratie et de gestion des ressources nationales.
« Il ne serait ni juste ni politiquement sérieux de considérer que tout ce que dénonce un ancien président est nécessairement faux. Il serait tout aussi contestable de conclure que ses critiques sont automatiquement justes parce qu’elles visent le pouvoir actuel », fait-il valoir.
Cette position traduit, selon lui, la nécessité de construire une opposition guidée par des principes républicains plutôt que par la nostalgie du passé ou la seule volonté de remplacer les dirigeants en place.
Emery Okundji affirme ainsi que son opposition à Félix Tshisekedi ne signifie pas qu’il entend idéaliser les années Joseph Kabila. Il refuse que les Congolais soient contraints de choisir entre les insuffisances d’hier et les difficultés d’aujourd’hui.
Concernant le dialogue politique, il estime qu’un éventuel processus national doit permettre aux différentes composantes de la société congolaise de rechercher des solutions crédibles aux crises du pays, dans le respect de la Constitution. Il met cependant en garde contre un dialogue qui servirait uniquement à conserver le pouvoir, à partager des postes ou à légitimer des décisions déjà prises.
Pour le secrétaire général de la FONUS, la priorité doit rester la construction d’un État doté d’institutions solides, d’une justice indépendante, d’une armée républicaine et efficace et d’une économie capable de créer des richesses au bénéfice de la population.
En conclusion, Emery Okundji appelle les acteurs politiques congolais à placer l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles et à soumettre les anciens comme les actuels dirigeants à une évaluation rigoureuse de leurs actions.
« Le Congo est plus grand que ses dirigeants. La République est plus importante que les ambitions individuelles. Et l’intérêt du peuple congolais doit toujours primer sur les intérêts particuliers », conclut-il.
RTD