La gestion des questions liées aux arrestations de personnalités de l'opposition au sein de la Coalition pour l'article 64 (C64) provoque des remous dans les rangs de cette plateforme de l’opposition congolaise. Des jeunes de la coalition dénoncent ce qu’ils considèrent comme une solidarité sélective de leurs dirigeants, mobilisés pour réclamer la libération de Prince Epenge, proche de Martin Fayulu, mais silencieux, selon eux, sur le sort de Marley Vuvu et de sept autres jeunes interpellés dans le Kongo Central.
Cette différence de traitement suscite l’indignation chez ces jeunes, qui reprochent au présidium de la C64 de défendre certains responsables tout en ignorant la situation d’autres militants engagés dans les activités de la coalition.
Le contraste est d’autant plus frappant à leurs yeux que les dirigeants de la plateforme ont publiquement condamné l’arrestation de Prince Epenge et réclamé sa libération, notamment à l’occasion de leurs travaux à Rome. En revanche, ils déplorent l’absence d’une prise de position similaire concernant Marley Vuvu, présenté comme l’un des jeunes cadres qui s’investissent activement dans la mobilisation et la visibilité des actions de la C64.
« Les jeunes se battent, mais qui se bat pour eux ? »
Pour ces jeunes contestataires, cette situation révèle un problème de solidarité au sein de l’opposition. Ils estiment que les militants de terrain sont sollicités pour mobiliser, sensibiliser et défendre les positions politiques de la coalition, mais qu’ils se retrouvent parfois seuls lorsqu’ils sont confrontés à des arrestations.
Marley Vuvu aurait été arrêté à Songololo, dans le Kongo Central, le 18 octobre, alors qu’il regagnait Kinshasa après des activités politiques à Matadi. Depuis cette interpellation, ses proches et certains jeunes de la coalition attendent une réaction publique du présidium, qu’ils jugent indispensable au regard de son engagement politique.
Le silence dénoncé par ces jeunes alimente ainsi des accusations d’égoïsme et d’hypocrisie. À leurs yeux, la défense des libertés politiques ne devrait pas dépendre de la position occupée par une personne au sein de la coalition, ni de son niveau de visibilité.
Une jeunesse utilisée au profit des ambitions politiques ?
Au-delà du cas de Marley Vuvu, la contestation met en lumière une question plus profonde : quelle place les dirigeants de la C64 accordent-ils réellement à leur jeunesse ?
Les jeunes mécontents estiment qu’ils ne peuvent pas être considérés comme de simples instruments de mobilisation au service des ambitions des leaders. Ils réclament une solidarité concrète envers tous les membres de la coalition confrontés à des arrestations, sans distinction de rang ou d’influence.
Ils dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une opposition à deux vitesses, dans laquelle certaines arrestations provoquent immédiatement des déclarations et des condamnations officielles, tandis que d’autres semblent ne susciter aucune réaction.
Pour eux, la crédibilité de la C64 dépend également de sa capacité à appliquer à ses propres militants les principes de justice, de solidarité et de défense des droits qu’elle revendique face au pouvoir.
Le présidium interpellé
Les jeunes contestataires attendent désormais une clarification des dirigeants de la C64 sur le sort de Marley Vuvu et de l’autre jeune présenté comme ayant été arrêté dans le Kongo Central. Ils souhaitent que la coalition se prononce publiquement sur ces dossiers et démontre que son engagement en faveur des libertés politiques concerne l’ensemble de ses membres.
Cette controverse intervient alors que l’opposition congolaise cherche à renforcer sa mobilisation et à dénoncer les restrictions visant ses activités politiques. Elle risque également d’alimenter les critiques internes sur la gouvernance de la coalition et les rapports entre ses dirigeants et sa base militante.
Le présidium de la C64 est ainsi placé devant une question politique délicate : comment réclamer la solidarité face aux arrestations tout en répondant aux accusations d’abandon formulées par une partie de sa propre jeunesse ?
À ce stade, une réaction officielle du présidium spécifiquement consacrée aux griefs exprimés par ces jeunes reste attendue.
Roberto Tshahe Da Cruz