Une correspondance explosive secoue la compagnie aérienne nationale de la République démocratique du Congo. Le Conseil d'administration de Congo Airways accuse son directeur général, Alexandre Mukendi Tshikala, d'un détournement présumé de plus de 23 millions de dollars américains en vingt mois de gestion.
Dans une lettre adressée à la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, le président du Conseil d'administration, Jean-Bertrand Ewanga Is'Ewanga, dresse un réquisitoire sans concession contre la direction générale de l'entreprise publique. « Au total, plus de 23 000 000 USD ont été gérés par le directeur général pour un résultat nul, aucun aéronef en propre ni en location n'ayant été mis en exploitation jusqu'à ce jour », indique le document cité par plusieurs médias congolais.
Selon le Conseil d'administration, ces fonds proviennent principalement de l'appui du gouvernement congolais pour le fonctionnement et la relance de la compagnie, des nantissements de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), des recettes propres de l'entreprise et de cautions. Le détail des financements fait état de 6 357 455,37 USD d'appui direct de l'État, de 9 000 000 USD de nantissements de la CNSS, ainsi que de 7 746 316 USD de recettes propres générées par la location de deux avions de la compagnie lituanienne KLASJET entre janvier et mars 2025.
Une série de locations qui interrogent
Le cœur du réquisitoire porte sur la stratégie de location d'aéronefs mise en œuvre par la direction générale. Le Conseil d'administration pointe notamment quatre dossiers sensibles.
Le premier concerne la rupture, en avril 2025, du contrat avec la compagnie lituanienne KLASJET. Le Conseil qualifie cette décision de « cavalière » et estime qu'elle a entraîné l'arrêt total des vols commerciaux de Congo Airways pendant dix-sept mois.
Le deuxième dossier porte sur la location d'un Airbus A320 auprès de la société sud-africaine ALLEGIANCE. Selon le document, l'appareil, immobilisé à l'aéroport de Ndjili depuis mars 2025, n'aurait jamais effectué le moindre vol commercial, tout en engloutissant plus de 3 millions USD de dépenses, incluant une réserve de maintenance de 770 000 USD et une prime d'assurance de 647 838,58 USD. Le Conseil s'étonne également que le directeur général ait baptisé cet avion du nom d'« Étienne Tshisekedi wa Mulumba » sans l'aval du Conseil d'administration.
Le troisième volet concerne un versement de 255 000 USD effectué en juillet 2025 à la société américaine International Air Leases pour la garantie d'un autre Airbus A320. Selon le Conseil, l'appareil n'aurait jamais été réceptionné et les fonds seraient « portés disparus ». Une commission d'enquête interne aurait établi la responsabilité personnelle du directeur général, qui aurait reconnu les faits et placé les fonds dans un compte non sécurisé, contre l'avis du responsable juridique.
Enfin, le Conseil cite le dossier Jordan Aviation, portant sur 1 410 000 USD versés dès juillet 2024 pour la location d'un Airbus A320-200 dont la livraison n'est jamais intervenue.
Le DG rejette les accusations
Face à ces accusations, Alexandre Mukendi Tshikala a adressé une réponse circonstanciée à la ministre du Portefeuille. Selon plusieurs médias, le directeur général rejette catégoriquement les termes de « détournement », de « gaspillage », d'« incompétence » et de « sabotage » utilisés à son encontre, les qualifiant d'appréciations infondées en l'absence d'un débat contradictoire.
Le directeur général estime que sa gestion, couvrant la période de janvier 2025 à août 2026, doit être appréciée sur la base de faits vérifiables et de documents comptables, et non à partir du seul constat des difficultés opérationnelles de la compagnie. Il souligne que le montant global de 23 millions USD avancé par le Conseil ne saurait, à lui seul, établir l'existence d'un quelconque détournement, ces ressources étant de natures différentes.
Sur le dossier Jordan Aviation, Mukendi Tshikala rappelle que l'opération est antérieure à sa prise de fonction, intervenue en juillet 2024, et qu'elle aurait été directement suivie par le Conseil d'administration. Concernant les 255 000 USD destinés à International Air Leases, il réfute l'idée d'une disparition des fonds et demande la communication du rapport de la commission interne pour pouvoir répondre précisément aux griefs.
Le directeur général a sollicité la mise en place d'un audit indépendant, financier, comptable et opérationnel, incluant un rapprochement exhaustif des paiements avec les pièces justificatives et une audition contradictoire des personnes concernées.
Cette controverse intervient alors que Congo Airways se trouve dans une situation opérationnelle critique. Selon Radio Okapi, aucun avion de la compagnie n'est actuellement en exploitation, tous les appareils étant immobilisés à l'aéroport international de N'djili pour des problèmes de maintenance et des contraintes techniques. La compagnie fait également face à d'importants arriérés de salaires et à une dette estimée à environ 80 millions USD.
En mars 2026, le président Félix Tshisekedi avait exigé un plan de relance « réaliste et rigoureusement encadré » pour la compagnie nationale, après une enquête officielle ayant relevé de graves dysfonctionnements administratifs et financiers.
En juillet 2026, la ministre du Portefeuille avait annulé une tentative de révocation du directeur général par le Conseil d'administration, rappelant que seul le chef de l'État peut révoquer un mandataire public conformément à la loi.
La balle est désormais dans le camp de la ministre du Portefeuille, qui devra arbitrer cette crise de gouvernance alors que Congo Airways demeure clouée au sol depuis plus d'un an.
La Rédaction
To understand the new politics stance and other pro nationals of recent times, we should…